Clash d'écoliers

Aksa frappa à la porte de la chambre de sa sœur et attendit qu’une voix lui parvienne de l’intérieur.

- Entrrre, c’est ouvert.

Il tourna la poignée et entra, à sa droite des paravents cachaient le lit. En face de lui, Menphi le regardait dans le miroir de sa coiffeuse. Il s’approcha d’elle et lui prit la brosse des mains.

- Je vais le fairre pour toi, ça fait longtemps que je n’ai pas brossé tes cheveux.

Aksa saisit délicatement les cheveux de sa sœur dans sa main et fit glisser la brosse sur les mèches d’un jais profond.  Il répétait avec amour les gestes dont il avait pris l’habitude, doucement, sans lui faire mal. Menphi avait fermé les yeux et savourait cet instant de complicité.

- Comment vas-tu petite soeurr, tu t’en sors avec les enfants ?

- Je vais très bien, répondit-elle en souriant. Ces petits sont adorrrables, ils sourient tout le temps.

- Tu sais, je suis désolé de t’avoir fait venirr pour t’occuper d’eux mais vu les circonstances…

- Ce n’est pas un prrroblème grand-frère. Je suis heureuse d’être là avec toi et de prendre soin d’eux. En plus je m’entends bien avec leurs mères.

- En parrlant de ça… Kest m’a raconté quelque chose de très bizarre.

Menphi se crispa légèrement en entendant ces paroles. Qu’il l’ait remarqué ou non, Aksa continua.

- Il m’a dit que tu l’avais empêché de voirr les enfants. Te connaissant, je sais très bien que tu ne ferais pas une telle chose mais il m’a fait promettre de t’en parrler…

- Co…comment ose-t-il ?!

La jeune miqo’te fit mine de se lever mais Aksa lui posa les mains sur les épaules en un geste apaisant.

- Calme-toi s’il-te-plaît. J’essaie de comprrendre ce qui a bien pu le pousser à dire ça.

- Mais…

Il lui massa doucement les épaules et elle se détendit un peu mais elle tremblait, la colère était toujours là. Aksa ferma les yeux l’air pensif.

- J’ai beau rretourner ses paroles dans tous les sens, je n’arrive pas à comprendre pourquoi il m’a menti. Serait-il jaloux de notre rrelation ? Non, ce n’est pas possible, il sait très bien que je l’aime.

- Grrrand-frère, soupira Menphi, quand il s’agit de Kest tu lui trouves toujours plein d’excuses.

- Ne dis pas ça voyons, il nous aime tous prrofondément… Cela me fait penser, il a mentionné, sans rentrer dans les détails, la converrsation que vous aviez eu lors de notre dîner.  Peut-être que sa réaction est du à cela.

Menphi détourna le regard et croisa les bras.

- Il ne te mérrrite pas. Tu l’as choisi et je respecte ta volonté mais il est égoïste, jaloux, possessif et capricieux. Il n’a rrrien à voir avec… l’idée que je me fais de ton compagnon.

- Menphi, soupira Aksa, regarde-moi.

Elle tourna le regard vers le miroir de sa coiffeuse et leva les yeux vers son reflet.

- Tu es ma prrécieuse petite sœur, je ferais tout pour toi, jusqu’à donner ma propre vie, tu le sais. Mais nous avons, nous aussi, le drroit d’être heureux, tu comprends ? Alors essaie de t’entendre avec lui. Je ne te demande pas de l’aimer ni même que vous soyez une famille mais au moins de vivre en bonne intelligence avec lui.

- D’accord grand-frère, je vais essayer.

- Bien, je vais aller lui parler dans ce cas.

Menphi attrapa une des mains d’Aksa et le retint.

- Non, laisse-moi fairrre. Il t’a déjà menti, il n’admettra jamais l’avoir fait. Il vaut mieux que ce soit moi qui lui parle.

- Tu es sûrre ? Bon d’accord, je te fais confiance.

 

∞                 ∞

 

Menphi avait aménagé un coin salon dans sa chambre avec quelques fauteuils et une table basse. Elle aimait se réunir là avec quelques femelles du harem d’Aksa pour discuter et se détendre. Mais l’atmosphère ne prêtait pas à la détente cette fois, Kest était assis en face d’elle et observait la pièce, mal à l’aise.

- Où sont les enfants ?

- Je les ai confiés à Amy le temps qu’on discute.

Menphi garda le silence quelques secondes, son interlocuteur ne semblait pas vouloir entamer la conversation sur le sujet important.

- Non content d’être allé cafarrrder à mon frère à propos de notre conversation, voilà maintenant que tu lui mens.

L’ao ra la regarda avec surprise et son visage devint entièrement rouge, un contraste intéressant avec ses écailles blanches.

- Mon frère a vu clairrr dans ton jeu, il sait pertinemment que tu as essayé de me discréditer. C’était très naïf de ta part de crrroire que tu pourrais le rouler dans la farine.

- Je… je n’ai jamais menti à Aksa… Ce n’est pas ce que je voulais montrer.

- Tu me prends vrrraiment pour une idiote. Je te conseille de laisser tomber l’affaire, quelqu’un comme toi ne peux pas gagner, tu es un lâche.

Kest se redressa, rouge de colère cette fois. Il pointa un doigt vers la miqo’te et cria.

- Pourquoi essaies-tu de nous séparer ?! Le bonheur de ton frère n’a-t-il donc aucune importance à tes yeux ?

- Mais t’es bouché ma parole ! Je t’ai dit que je ne le ferrrai pas ! Et ne rejettes pas la faute sur moi, tu t’es mis tout seul dans cette situation. Jamais je ne te parrrdonnerai d’avoir essayé de le faire douter de moi !

Menphi s’était levée elle aussi, excédée par cette obstination dont il faisait preuve. Il s’avança vers elle et l’attrapa par les bras.

- Ce n’est pas ce que je voulais !

Surprise, Menphi le regarda avec de grands yeux, les oreilles rabattues.

 

∞                 ∞

 

Un cri de terreur retentit dans la maison de compagnie. Dix secondes plus tard, la porte de la chambre de Menphi s’ouvrit à la volée révélant un Aksa paniqué.

- Menphi ! Que se pass…

La jeune miqo’te gisait à terre inconsciente, Kest était penché sur elle. Entendant la porte s’ouvrir il se retourna et révéla aux yeux de tous ceux qui étaient accourus qu’une estafilade ensanglantée lui barrait le torse. Aksa écarquilla les yeux, son regard allait de Menphi à Kest sans pouvoir se fixer sur l’un d’entre eux. Il remarqua la blessure de ce dernier, ouvrit la bouche sans qu’aucun son n’en sorte puis revint sur Menphi. Une courte lame ce trouvait toujours dans la main de celle-ci, la même qu’il lui avait offert pour qu’elle puisse se défendre.

- Chéri, je… ce n’est pas ce que tu crois, je… je lui ai juste touché le bras…

Mais Aksa n’entendait rien. Il se précipita dans la chambre, écarta Kest sans ménagement et prit sa sœur dans ses bras. Il passa une main dans les longs cheveux noirs et sentit quelque chose de poisseux sous ses doigts. Il retira sa main, elle était maculée de sang.

- Menphi ! Menphi, réponds-moi !

- Mon cœur attend, je vais la soigner.

Aksa écarta violemment la main que Kest venait de poser sur son épaule. Il lui lança un regard mauvais, souligné par les larmes qui commençaient à envahir ses yeux.

- Je t’interrdis de la toucher ! Comment puis-je te croire alors qu’elle est dans cet état et que tu m’as menti à ton sujet ?!

L’ao ra sembla se recroqueviller sous la fureur du miqo’te, mais la détresse de Kest n’émut pas Aksa. Un brouhaha de voix à la porte attira l’attention de celui-ci, tous ceux qui avaient entendu le cri un peu plus tôt s’entassaient désormais dans le couloir, curieux de voir ce qu’il se passait.

- Narsyt ! s’exclama Aksa en la voyant. Menphi est inconsciente, fais quelque chose s’il-te-plaît !

- Mon ange, je peux…

- Je t’ai dit de ne pas l’apprrocher ! Tu ne crrois pas que tu en as assez fait ?

- Kest laisse-moi faire.

Le regard furieux d’Aksa et les mains insistantes de Narsyt finirent par faire reculer l’ao ra. Lorsque ce fut fait, la femelle s’approcha de Menphi et l’examina rapidement.

- On dirait qu’elle s’est cognée la tête en tombant. Porte-la dans son lit afin que je regarde ça plus en détail. Et vous tous sortez d’ici, il n’y a rien à voir.

Aksa prit sa sœur dans ses bras tandis que Narsyt faisait sortir ceux qui se trouvaient là et ferma la porte. Puis elle vint soigner la miqo’te.

- Je suppose qu’elle est tombée, s’est cognée la tête puis s’est évanouie. Elle devrait bientôt se réveiller. Reste auprès d’elle, je m’occupe du reste.

- Merrci, merci beaucoup.

L’ao ra sourit puis sortit sans bruit. Aksa s’assit au chevet de sa sœur et pris une de ses mains dans les siennes. Il resta là immobile, serrant la main contre son front et attendant d’entendre une nouvelle fois cette douce voix qu’il aimait tant.

- Grand-frère ?

- Menphi tu es rréveillée, les Douze soient loués ! J’étais très inquiet.

- Que s’est-il passé ?

- Je ne sais pas. J’ai entendu un crri et quand je suis arrivé tu étais déjà inconsciente. Kest était penché sur toi, une blessure sur le torrse.

Menphi trembla en se remémorant les faits. Elle rabattit ses oreilles en arrière et eut un rictus de douleur qui lui fit porter la main sur le bandage qu’elle avait autour de la tête.

- Ah, soupira-t-elle. Notrrre discussion ne se passait pas bien. Il m’a attrapé le bras et… j’ai eu peur, j’ai crié. Kest m’a lâché. J’ai sorti ma dague et j’ai frrrappé. J’ai trébuché et après… plus rien.

- Je suis vrraiment content que tu ailles bien. Je ne me le serai jamais pardonné sinon.

- Aksa, tu ne dois pas en vouloir à Kest. Il ne savait pas et c’était trop soudain pour moi, je n’ai pas réussi à gérer mes émotions… Je suis désolée.

- Non, ce n’est pas ta faute.

- Grand-frère, tu devrrrais aller le voir et lui parler, je suis sûre qu’il fait les cent pas dans le couloir.

- Oui, tu as raison. Je ne serai pas long.

Aksa se leva et déposa un baiser sur la main de sa sœur. Il sortit de la chambre, comme l’avait prédit Menphi, Kest attendait là. Sa blessure avait été bandée. Quand il entendit Aksa sortir il releva la tête, l’air anxieux et les larmes aux yeux.

- Chéri, je…

- Suis-moi.

- Attends, comment va-t-elle ?

Aksa ne dit rien et se dirigea vers sa chambre, Kest sur les talons. Ils entrèrent, le miqo’te fit signe de s’asseoir. Il regarda Kest pendant un long moment puis laissa échapper un soupir, son regard s’adoucit.

- Mon ange…

- Epargne-toi cette peine. Menphi s’est rréveillée et m’a raconté ce qui s’est passé. Je sais que tu ne l’as pas fait exprès.

- Tu dois me croire mon cœur, je ne voulais pas.

- Je sais. Je ne t’en avais parrlé avant parce que c’est très embarrassant pour elle mais… Menphi déteste être touchée par les mâles. C’est pour cette raison qu’elle a réagi comme cela. Donc s’il-te-plaît, à l’avenirr, ne la touche plus.

Kest semblait déconcerté mais il acquiesça. Aksa vint s’asseoir à côté de lui et le prit dans ses bras.

- Je t’aime mon cœur, ne me rrefais plus jamais une telle frayeur, je t’en prie.

- Je suis désolé, c’est promis.

 

∞                ∞

 

L’émotion avait été trop intense et à partir de ce jour-là on put voir quelques cheveux argentés parsemer la chevelure bleue d’Aksa.

Le Manoir d'Aksa a fait peau neuve sur un nouveau site plus beau et avec plus de fonctionnalitées.

Tous les futurs articles et textes seront mis en ligne là-bas.

Rejoignez-moi et continuez à me suivre.