Bouc émissaire (version complète)

Les étoiles ponctuaient les ténèbres de cette belle nuit et la lune éclairait la ville de Limsa Lominsa d'une douce lueur. Aksa, une bouteille à la main, profitait de la vue de la ville endormie appuyé sur une balustrade. Il leva la bouteille, pris une grande lampée du liquide ambré puis s'essuya la bouche d'un revers du bras.

- Aaah, fit-il d'un air rêveur, faudrra que je remerchi l'équipage du Nanamo pour... chet... ekchellent rrrhum !

Le miqo'te tendit le bras et brailla.

- Longue vie à la chultane !

- Hey vous là ! Êtes-vous celui qu'on appelle Aksa Dia ?

Dans les méandres de son cerveau embrumé Aksa mit quelques secondes avant de comprendre qu'on s'adressait à lui. Il se retourna et s'accouda à la balustrade pour voir qu’un jeune hyurois s'approchait suivi de deux roegadyns à la mine patibulaire.

- Ouaich mon pote.

Il se frappa le torse et fit une révérence maladroite.

- Le cheul, le grrand, l'unique Aksha Dia à ton cherrviche.

Le petit groupe s'arrêta devant le miqo'te.

- Connaissez-vous Jarla Butler ?

Perplexe, Aksa réfléchit quelques instants.

- Che nom ne me dit rrien.

- C'est la femme du capitaine Jehan Mörderwal.

Le visage du miqo'te s'éclaircit brusquement.

- Ooooh, vous voulez parrler de chette jolie rouche. Hmm, hmm ... Lala ! Oui, elle ch'appelle Lala. T'as des vues chur elle? T'as bon goût mon gars.

A peine Aksa avait-il terminé sa phrase qu'un énorme poing s'écrasa sur sa tempe gauche. Le choc lui fit perdre connaissance instantanément et il s'effondra au ralentit tandis que la bouteille s'échappait de sa main et roulait en déversant son contenu.

Le hyurois poussa le corps inconscient du miqo’te avec le pied.

- C'est donc cela le fameux guerrier de la lumière ? Il n'a pourtant rien de spécial. Ramassez-le nous devons l'apporter au patron.

Aksa fut soulevé comme un sac et posé sur l'épaule d'un des deux roegadyns. Puis la nuit avala le petit groupe qui partit vers les quais.

 

∞                 ∞

 

Aksa entrouvrit les yeux et les referma aussitôt. La lumière ambiante l’avait aveuglé et lui avait fait prendre conscience de la migraine qui battait ses tempes. Migraine qui lui fit émettre un gémissement à peine audible.

A travers la douleur qui enserrait sa tête, le miqo’te prit peu à peu conscience de son corps. Il était allongé sur le côté sur un sol dur et froid. Sa fraicheur se diffusait dans son crâne douloureux et il remercia les dieux pour ce bienfait.

Cela lui permit de clarifier ses idées, il se rappelait vaguement avoir un peu trop bu dans la soirée. Qu’avait-il fait ensuite ? Ah oui un hyurois l’avait interpellé et… le reste n’était qu’un grand trou noir.

La position d’Aksa était assez inconfortable, il voulut bouger mais fut stoppé dans son élan. Ses mains étaient attachées dans son dos. Cette fois il ouvrit grand les yeux. Où était-il ? Un sol et un mur de pierres nues, une table de travail avec une chaise. Voilà tout ce qu’il pouvait voir de là où il était.

Il essayait vainement de se tourner lorsqu’une voix grave lui parvint de derrière lui.

- On dirait que notre invité s’est réveillé. Redressez-le.

Des mains le saisirent par les bras et le soulevèrent comme s’il ne pesait rien. Le brusque mouvement ne fit qu’empirer la douleur provoquée par le sang qui battait ses tempes et il laissa échapper un cri. Face à lui, un hyurgothe en habits de capitaine le toisait.

- Alors voici le fameux héro de la lumière.

Il releva la tête d’Aksa pour le regarder de plus près. Ce dernier lui lança un regard mauvais.

- Qui êtes-vous ?... Que me voulez-vous ?

- Hm, je n’aime pas ces yeux, dit le hyurgothe en fronçant les sourcils.

Sans prévenir, son poing vint s’enfoncer dans l’estomac du miqo’te. Tout l’air contenu dans ses poumons fut expulsé et il lutta pendant quelques secondes pour retrouver son souffle.

- C’est mieux. Ne me regardes plus jamais de cette façon, je ne serai pas aussi clément la prochaine fois.

Il s’assit dans un fauteuil.

- Regardes-moi.

L’un des roegadyns qui le tenait attrapa Aksa par les cheveux et l’obligea à lever la tête. Les yeux du hyurgothe le transperçaient.

- Je m’appelle Jehan Mörderwal. Tu as peut-être entendu parler de moi, je possède plusieurs bateaux.

- Jamais... entendu parrler.

- Je vois…

Jehan croisa les bras l’ai contrarié.

- Où est-elle ?

Aksa, perplexe, fixa Jehan d’un regard vide. Les yeux de ce dernier s’étrécirent.

- Où est-elle ?! répéta-t-il plus fort.

- De qui parlez-vous ?

- Logan...

Le capitaine fit un geste à l’intention du hyurois qui avait abordé Aksa. Il s’approcha de ce dernier et le frappa au visage d’un direct du droit. Lorsqu’Aksa releva de nouveau la tête, du sang avait coulé à la commissure de ses lèvres.

Jehan reprit alors.

- Où est Jarla ? Où est ma femme ?

Aksa serra les dents.

- Je ne connais perrsonne de ce nom là.

Jehan se leva brusquement et cria.

- N’essaies pas de me mener en bateau ! Je sais parfaitement ce que tu as fait avec ma femme pendant que j’avais le dos tourné !

Aksa lécha le sang sur ses lèvres d’un air narquois.

- Oh, vous voulez dirre que vous étiez là lorsque nous avons fait l’amourr comme des bêtes ?

Le poing de Logan s’abattit de nouveau sur le visage du miqo’te, avec plus de force cette fois-ci.

- Comment oses-tu parler de la femme du capitaine de cette façon !

Rouge de colère, il frappa de nouveau le miqo’te à plusieurs reprises et quelques gouttes de sang éclaboussèrent le sol.

- Ça suffit Logan, fit Jehan en se rasseyant lentement. Vois-tu mon petit « guerrier », Jarla est à moi et je tuerai tous ceux qui oseront poser la main sur elle.

- Vous êtes malade… Jarla n’est pas un objet à mettrre en vitrine.

- Où est-elle ?

- Je … ne sais pas.

- Je vois qu’il faut lui rafraichir la mémoire, fit Jehan un sourire mauvais aux lèvres. Occupez-vous de lui mais évitez le visage, il faut qu’il puisse répondre à mes questions.

Probablement rien n’aurait pu préparer Aksa à la suite des événements. Il reçut de violents coups dans le ventre et les côtes, l’empêchant de reprendre son souffle. Au bout d’un moment, les deux roegadyns le jetèrent au sol et il fut roué de coups de pieds. Sa tête était épargnée mais tout le reste de son corps n’était plus que douleur. Il cracha du sang à plusieurs reprises avant que le capitaine ne se décide à parler.

- Ça suffit, arrêtez.

Un dernier coup de pied atteignit Aksa à l’épaule. Une violente douleur explosa à l'endroit de l'impact et son bras retomba sans vie près de lui. Le hyurgothe regarda alors le miqo’te se recroqueviller à ses pieds avec contentement. Il se pencha vers lui.

- Si tu me dis où est ma femme je te laisserai la vie sauve.

- Même si je le savais… jamais je ne le dirrai à…une ordure dans votre genre.

- Comme tu voudras... vermine!

Le capitaine saisit le pistolet accroché à sa ceinture et le pointa vers Aksa.

- Même sans toi pour me dire où elle est, je finirai par la retrouver. Elle ne peut pas se débrouiller seule et n’a pas dû aller bien loin.

Aksa ferma les yeux. L’un de ses bras était inutilisable, sa respiration douloureuse lui faisait penser qu’il avait probablement plusieurs côtes cassées et c’était sans compter les autres blessures internes qu’il devait avoir. Il ne pourrait pas se sortir de ce mauvais pas cette fois, Nymeia l’avait abandonné.

- Je suis désolé, murmura-t-il.

Le hyur l’entendit et éclata de rire. Un rire strident qui vrillait les tympans du miqo’te.

- Trop tard. Rappelle-toi dans ta prochaine vie qu’il ne faut pas se dresser contre Jehan Mörderwal !

Le silence s’abattit brusquement dans la pièce, suivit d’un bruit sourd. Aksa ouvrit les yeux doucement et suivit les regards stupéfaits des hommes de mains du capitaine. Une miqo’te aux longs cheveux flamboyants et tenant une dague dans chaque main trônait, imperturbable, à côté du corps inconscient du hyur.

Il la connaissait. Elle s’appelait V’kebbe et était un membre important de la guilde des surineurs, une spécialiste de l’infiltration. Rien de ce qui se passait dans la cité maritime n’échappait aux surineurs.

Les deux roegadyns reprirent leurs esprits en premier. Ils foncèrent vers la miqo’te qui réussit à se glisser derrière eux avec une agilité incroyable et leur entailla profondément les mollets. Ils s‘effondrèrent, ne pouvant plus supporter leur propre poids. La miqo’te sauta alors sur Logan, le plaqua au sol et pressa une dague sur sa gorge tandis que le sang de ses compères coulait sur sa peau.

- Bouge pas mon joli, à moins que tu veuilles que je te tranche la gorge.

Elle enfonça son genou dans l’estomac du hyurois pétrifié et lança un regard rapide vers Aksa.

- Aksa, dis-moi que tu vas bien.

- J’ai connu des jours meilleurrs.

- Tu peux te rrrelever ?

- Non, répondit-il dans un souffle douloureux.

Il toussa et de nouvelles gouttes de sang vinrent souiller le sol de pierre devant lui.

- Tiens bon, Jacke ne va pas tarrrder.

- Qui… Es-tu… venu me cherrcher ?

- Aksa ? Qu’est-ce que tu rrracontes ?

Les yeux dans le vague, le miqo’te arborait un sourire triste.

- Comme tu es crruel… Où que porte mon regard mes yeux n…

- Aksa, rrrestes avec moi ! Aksa !

Le miqo’te ne l’entendait déjà plus, il avait sombré dans l’inconscience.

 

∞                 ∞

 

 

- Regardez, je crrrois qu’il reprend conscience.

- Sire Dia, comment vous sentez-vous ?

Les voix étaient pour Aksa comme des murmures venus de très loin. Il entrouvrit les paupières, cligna plusieurs fois les yeux pour s’habituer à la luminosité de la pièce et vit que plusieurs personnes étaient penchées sur lui. Les yeux alors grands ouverts, il tourna la tête à droite et à gauche. Il ne se trouvait plus sur un sol de pierre mais dans un lit moelleux au beau milieu d’une chambre cossue. V’kebbe et Jarla Butler le fixaient avec un mélange d’inquiétude et de soulagement.

- Où… où suis-je ? dit-il d’une voix pâteuse.

Jarla lui posa une main sur le bras et lui sourit.

- Vous êtes chez moi. Vous étiez gravement blessé et ma maison était la plus proche.

- Combien de temps suis-je rresté inconscient ?

- Trois jours.

- Je vois…. Quoi ?!

Aksa essaya de se redresser mais une violente douleur à l’abdomen le stoppa net. V’kebbe, paniquée, le força à se recoucher.

- Tu ne dois pas te lever, tes blessures ne sont pas encore guérrries.

- Je… je dois prrévenir Menphi… Elle doit être morte d’inquiétude.

- Ta soeurrr t’a veillé tout ce temps. Elle prend un peu de repos maintenant, regarde.

La miqo’te s’écarta, révélant un autre lit près de celui où se trouvait Aksa. Menphi dormait, allongée sur les couvertures, un coussin dans les bras. Elle avait les traits tirés et avait visiblement pleuré. Rassuré, Aksa se tourna de nouveau vers les deux femelles à son chevet.

- Que s’est-il passé après que j’ai perrdu connaissance ? Et comment as-tu su que j’étais là ?

V’kebbe lui fit alors un résumé des événements. La guilde des surineurs comptait de nombreux membres dans tout Limsa Lominsa. Coïncidence ou pas, l’un d’eux avait vu Aksa être transporté par les sbires du capitaine. Il les avait suivis puis avait prévenu Jacke qui avait rapidement monté une opération de secours. Pour des raisons évidentes, V’kebbe s’était infiltrée plus avant que les autres afin de retrouver Aksa, mais trop tard.

Jacke et son équipe les avaient rejoints peu de temps après la perte de connaissance du miqo’te. Par chance, il avait fait appel à un mage blanc de passage qui s’était tout de suite occupé des blessures d’Aksa, mais elles étaient trop graves et ils avaient dû le transporter jusqu’ici.

Le capitaine et ses hommes avaient été livrés aux casaques jaunes. Comme des preuves de malversations avaient été trouvées lorsque les lieux avaient été fouillé, l’avenir promettait d’être sombre pour eux.

Jarla Butler prit alors la parole. Elle le remercia chaleureusement de ce qu’il avait fait pour elle, tout d’abord lors de leur première rencontre, puis lors des discussions qui suivirent plus tard. Il lui avait ouvert les yeux sur elle-même et sur l’homme qu’était son mari. Mais Jehan avait fini par avoir vent de leurs rendez-vous. Il avait alors enfermé sa femme à double tour. Elle avait réussi à s’échapper quelques jours plus tôt et c’est ce qui avait mené à la situation actuelle. Elle s’excusa alors profusément, elle n’avait pas voulu le mêler à toute cette histoire.

Aksa lui prit la main et lui sourit.

- Votre mari aurait trrouvé une autre personne à blâmer de toute façon.

- Oui c’est vrai. En tout cas, j’ai décidé de prendre un nouveau départ dans la vie.

- Ça c’est la Lala que j’ai appris à connaître.

Aksa ferma les yeux un instant.

- Cela fait beaucoup d’inforrmations à digérer et je suis fatigué. J’aimerais me reposer.

- Bien sûrrr, nous allons te laisser. Je dirais au docteur de venir te voir plus tard. Venez Jarla.

La hyuroise hocha la tête puis les deux femelles sortirent de la pièce et refermèrent la porte derrière elles. Le silence tomba comme une chape de plomb. Aksa regarda de nouveau sa sœur, elle semblait paisible malgré les cernes qui ornaient ses yeux.

Aksa se repassa les événements dans sa tête… la capture, l’interrogatoire, le tabassage en règle, à quel point il avait été soulagé lorsque V’kebbe avait fait son apparition. Son sauvetage tenait du miracle. Malgré tous ses travers, Jehan Mörderwal n’était pas quelqu’un qui avait l’habitude de plaisanter. Il s’était clairement imaginé flottant dans la baie de Limsa Lominsa et puis… Il pressa ses paumes sur ses yeux pour empêcher les larmes de couler.

- Pourquoi ? Pourrquoi me torturer ainsi ?

- Aksa… c’est toi ?

Menphi, encore passablement endormie, se frotta les yeux. Elle s’assit sur le lit et regarda son frère. Des filets brillants coulaient sur ses joues. Elle bondit hors du lit et vint à son chevet, inquiète.

- Grand-frrrère, qu’est-ce qui ne va pas ? Tu as mal quelque part ? Je vais appeler quelqu’un.

Elle fit mine de s’en aller mais Aksa la retint par le bras. Il tremblait.

- Je n’ai pas mal… physiquement… Petite soeurr, je l’ai vu.

- Qui ça ?

- Je… je l’ai vu avant de sombrrer dans l’inconscience. J’ai cru qu’il était venu me chercher mais il m’a juste souri.

Aksa posa sur sa sœur un regard qui trahissait une peine immense. Cette dernière sentit un frisson remonter le long de sa colonne vertébrale alors qu’elle comprenait le sens de ses paroles. Elle le prit dans ses bras et le serra contre elle.

- Ce n’était qu’une illusion. Il est morrrt, tu le sais bien, nous avons vu son corps.

- Je sais mais…

- Il nous a quitté mais je serrrai toujours là avec toi grand-frère. Jamais je ne te laisserai. Maintenant tu devrais te reposer, tu as vécu de rudes moments.

Aksa la serra un peu plus fort. Il la supplia d’une voix plaintive presque comme un enfant.

- Non, ne me laisse pas, je t’en prrie.

- Idiot, c’est moi qui devrais dirrre ça. J’ai bien cru que tu allais mourir cette fois. Rendors-toi, je reste à tes côtés.

Menphi tira un fauteuil auprès du lit et s’installa. Elle essuya le visage d’Aksa, effaçant toutes traces de larmes. Elle ne voulait pas que quiconque voit ces preuves d’un passé trop heureux mais trop douloureux à la fois. A ses yeux, personne à part elle ne pouvait être le gardien de ces jours partagés.

Elle caressa doucement les cheveux d’Aksa jusqu’à ce que sa respiration devienne plus profonde et qu’il sombre dans des rêves plaisants, espérait-elle.

- Je me suis prrromis que je te protègerai comme tu l’as fait pour moi.

Elle déposa un léger baiser sur la main de son frère et s’apprêta à le veiller une fois de plus.

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