Sur la tombe d'Haurchefant (épopée, interlude 3.0-3.1)

 

 

J’étais seul sur ce promontoire qui faisait face à Ishgard. J’avais dit à mes amis que je voulais me recueillir un moment sur la tombe d’Haurchefant. La stèle se dressait là, tristement. Le bouclier, frappé du blason de la maison Fortemps, un trou béant en son centre, qu’il avait utilisé pour me protéger et les lys de nymeia apportés par Tataru, étaient les seules notes de couleur dans ce paysage morne.

Les souvenirs commencèrent à affluer en moi.

 

La première fois que je suis allé au camp de la Tête du dragon tu m’as accueilli à bras ouverts. Tu n’étais pas comme tous ces nobles qui sont réfractaires aux intéractions avec les gens d’autres cités. Un optimiste invétéré, une oasis de chaleur, voilà ce que tu étais. Tes hommes te trouvaient un peu bizarre mais ils t’adoraient et ils t’auraient suivi jusque dans le monde des ténèbres si tu le leur avais demandé.

Tu as tout mis en œuvre pour m’aider dans ma mission et ensemble nous avons sauvé la réputation de la Maison Haillenarte. Notre amitié était née et elle ne fit que grandir au fil de nos rencontres. Tu n’avais que l’entrainement en tête et c’était parfois assez comique. Comme la fois où tu t’es presque entièrement déshabillé devant tes soldats pour que je tate tes muscles. Quelle rigolade se fut ! En plus, combattre avec toi et contre toi était toujours un véritable plaisir.

Contre toute attente, notre amitié s’est transformée en quelque chose de plus fort, ta chaleur a réveillé le cœur que je croyais mort depuis des années. Qui j’étais, d’où je venais n’avaient aucune importance pour toi, tu as pris tout mon être dans tes bras et tu as fait vibrer les fondements de mon âme. Il n’y avait aucun refus de possible avec toi et je crois bien que c’est ce qui m’a sauvé.

Te rappelles-tu quand j’ai affronté Shiva pour la première fois ? Tu étais tellement inquiet pour moi qu’il avait fallu plusieurs soldats pour te retenir de venir me rejoindre. Je suis certain que la chaleur de nos corps aurait pu faire fondre la glace mais je doute que Shiva aurait apprécié le spectacle.

Après la débâcle du festin à Uld'ah, lorsque nous avons perdu la trace des Héritiers, tu étais là pour nous protéger et tu as même réussi à remonter le moral d’Alphinaud. Un véritable coup de force, vu qu’il était au trente-sixième dessous. Tu nous as offert un nouveau foyer et tu as convaincu ton père, le chef de la maison Fortemps, de nous aider. Tu n’attendais rien en retour car tu avais vraiment le cœur sur la main.

Parcourir les rues de ta ville natale, entrer dans la maison qui t’avait vu grandir, rencontrer ta famille, fut un véritable honneur. Mais cela ne fit qu’ajouter à ma douleur après coup car je ne peux plus, désormais, poser mon regard nul part sans que ton visage ne vienne à mon esprit.

Ce jour-là, lorsque nous avons pris d’assaut le Saint-Siège, j’aurais dû refuser que tu viennes… Aaah je sais que tu aurais refusé, nous avions besoin de toutes les personnes disponibles.

 

Je m'effondrais à genou dans la neige et pressais mon front sur le sol dur et froid. Les mots que j’avais gardés en moi jusque-là franchirent la barrière de mes lèvres.

- Pourrquoi ? Pourquoi a-t-il fallu que tu te retrouves dans ce sol gelé ?

Il avait été le seul à sentir le danger arriver. Il m’avait protégé de son bouclier et de son corps mais qui l’avait protégé lui ? Ni son courage, ni ses principes, ni même moi. J’étais resté pétrifié, assistant au spectacle sans rien faire. La Lame d’argent n’était plus et c’était entièrement ma faute.

- Si je n’avais pas été là… Si seulement j’avais rréagi… C’est ma faute, ma faute.

Je frappais le sol du poing tandis que mes larmes se mêlaient au manteau immaculé qui le recouvrait. Les derniers mots que j’avais prononcés résonnaient encore et encore dans le silence telle une malédiction que je me serais lancée. Je ne sais pas combien de temps je passais ainsi avant que quelque chose ne me recouvre.

- Akash’a tu n’es pas fautif, tu n’aurais rrrien pu faire.

- Il est morrt.

- Je sais.

Des mains posées sur mes épaules m’aidèrent à me redresser.

- La devise d’Haurchefant n’était-elle pas « Un bon chevalier se doit de prrrotéger ses amis et ses frères d'armes, coûte que coûte » ?

C’était effectivement sa devise. Il risquait tout, même sa propre sécurité si c’était pour protéger ses camarades. Haurchefant avait un sens de l’honneur et de la justice digne des plus grands chevaliers… un sens du sacrifice aussi.

J’essuyais mes yeux d’un revers du bras. Que dirait-il s’il me voyait ainsi, lui dont la dernière volonté avait été que je ne sois pas triste et que je me rappelle de son sourire. Maintenant que sa mort avait été vengée je me devais de ne pas être triste, de faire bonne figure malgré la tristesse qui étreignait mon cœur.

- Mais tu es blessé, fais voirrr ta main.

Je baissais le regard et constatais avec surprise que la main avec laquelle j’avais frappé le sol était en sang. Je ne sentais pourtant rien. Un petit sort de soin, un léger essuyage et il n’y paraissait plus rien, comme dans un rêve.

Menphi souriait, elle mettait rarement son masque lorsque nous n’étions que tous les deux. J’aurais aimé qu’elle l’enlève plus souvent et qu’on voit à quel point elle est jolie, qu’elle se trouve quelqu’un avec qui faire sa vie. Ça lui viendra bien un jour.

Nous nous relevâmes sans un mot et repartîmes en direction du camp de la Tête du dragon. Je jetais un dernier coup d’œil vers la stèle puis saisi la veste dont Menphi m’avait couvert et la posais sur ses épaules.

 

Jamais je ne t’oublierai mon très cher ami, mon amour.


Aksa

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