Emeute au Nid du faucon (épopée 3.2)

A peine avais-je ouvert les portes de cette nouvelle auberge qu’une jeune serveuse me souhaita la bienvenue. Je choisis une table dans un coin calme pour attendre Thancred et portait à mes lèvres la chope de vin chaud que la serveuse venait de poser devant moi. Je l’écoutais d’une oreille distraite me raconter sa vie tandis que le vin réchauffait mon corps.

Mes paupières commencèrent à se fermer, probablement l’effet du vin et de la fatigue que je n’avais pas senti. Tout tournait autour de moi, tout mon corps était lourd et ne m’obéissait qu’avec beaucoup de réticence. Je tournais la tête vers la serveuse pour croiser son regard remplis de mépris. Elle m’enjoint à dormir sur un ton amer.

Qu’allez-vous f…..

Je m’écroulais lourdement de ma chaise et sombrais dans des ténèbres aux songes crépusculaires. La guerre avait fait tellement de victimes au fil des siècles, tellement de tristesse, de colère et de haine. L’avidité l’avait engendrée mais la haine…. la haine qui brûlait férocement dans le cœur des hommes et des dragons, l’avait entretenue, faisant encore plus de mal et entraînant chacun dans un cycle sans fin.

Sire Aymeric et mes compagnons voulaient tous briser cette spirale de violence et apporter la paix. De toute évidence, certains résisteraient jusqu’au bout.

- Aksa, Aksa réveillez-vous bon sang !

La voix de Thancred, venue de très loin, me sortit de ma torpeur. Agenouillé près de moi, je vis le soulagement faire place à l’inquiétude sur son visage. Une migraine terrible me vrillait les tempes mais au moins j’étais toujours en vie. Des bruits de combat résonnaient à l’extérieur. Que s’était-il passé pendant que j’étais inconscient ?

Sans perdre une seule seconde de plus, Thancred et moi sortîmes de l’auberge. La serveuse que j’avais rencontrée plus tôt haranguait la foule, appelant à refuser cette paix qui leur était proposé. Et là tout s’enchaîna très vite. Emmanellain, paniqué, demanda à un soldat qui se tenait près de lui de la faire taire, ce qu’il tenta de faire en lui planta une flèche dans le bras. Elle tituba sous l’impact mais redoubla de véhémence jusqu’à ce qu’une autre flèche la fit basculer et disparaître aux yeux de la foule.

Des dizaines de regards accusateurs se tournèrent vers Emmanellain encore plus paniqué. Il était trop tard, le mal était fait. Le doute s’était déjà insinué dans l’esprit des personnes présentes. Ils n’oublieraient pas de sitôt la vision d’une jeune noble ordonnant l’exécution publique d’une rebelle sans arme.

Emmanellain s’était cloîtré dans les baraquements, refusant d’en sortir après ce qui c’était passé. Il n’eut pas le loisir de se cacher bien longtemps avec le retour de Lucia et de son frère. La conclusion logique était que les troubles au Convictoire semblaient avoir été orchestrés dans le seul but de les éloigner du Nid du faucon. Quant aux rebelles qui avaient déclenchés l’émeute, certains avaient été capturés, d’autres tués, tandis que les plus extrémistes avaient eux-mêmes mis un terme à leur propre vie. La serveuse, quand à elle, bien que gravement blessée était toujours en vie, la seule bonne chose dans toute cette histoire.

Lucia, ne pouvant quitter le Nid du faucon, me demanda alors de remettre son rapport à Sire Aymeric. Artoirel en profita pour ordonner à son frère de me suivre jusqu’à Ishgard où il devrait répondre de ses actes. D’abord réticent, au final Emmanellain que put qu’obéir.

C’est là que nous nous rendîmes compte qu’Honoroit avait disparu. Lui qui suivait son maître en toute circonstance, se fondait avec son ombre, depuis combien de temps ne l’avait-on pas vu ? Inquiet au plus haut point, Emmanellain se précipita à l’extérieur. Thancred et moi le suivîmes.

Je trouvais Honoroit sur l’aérodrome dans un sale état juste avant que mes deux compagnons ne me rejoignent. Il semblait s’être battu et avoir pris un grand nombre de coups. Malgré sa condition, le pitoyable servant tenta de remonter le moral de son maître avant de sombrer dans l’inconscience. Sa vie n’était pas en danger mais il valait mieux le mener voir un docteur dans les plus brefs délais.

Au lieu de cela, Emmanellain, conscient de sa conduite irresponsable, partit dans une tirade accusatrice. Il refusait clairement de faire face à ses actions durant l’émeute. J’ouvris la bouche pour lui dire le fond de ma pensée mais Thancred me retint. Il admonesta le jeune noble de regarder la réalité en face.

Ne pouvant supporter la critique, Emmanellain frappa Thancred, chose qu’il n’aurait jamais dû faire.

- Et qui êtes-vous pour me parler ainsi, hein !? Combien de temps allez-vous continuer à jouer les héros ?

Sur ces mots Le hyurois l’envoya valser sans autre forme de procès avant de nous laisser là.

- Si vous croyez que je suis un héros, vous vous trompez une nouvelle fois. Un héros ne laisserait pas la personne à laquelle il tient le plus lui échapper sans même avoir eu l’occasion de la retenir. Je n’ai plus rien à perdre, pas même ma propre existence. Je dois désormais vivre avec ma douleur, et j’ai l’intention de ne lui laisser aucun répit.

Je regardais Thancred s’éloigner d’un air pensif. Je savais ce qu’il avait en tête, ce qu’il avait traversé. J’avais vu la douleur dans son cœur alors même que les mots fatidiques étaient sortis de mes lèvres. J’étais le dernier à l’avoir vu, le seul qui aurait pu l’arrêter. S’il y avait quelqu’un à blâmer alors j’étais cette personne. Et pourtant jamais Thancred ne m’avait fait le moindre reproche.


Aksa

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